Matthieu Cisowski
Université de Paris IV – Sorbonne

Je voudrais proposer une réflexion sur l’engagement littéraire à partir d’un auteur trop méconnu et qui, lorsqu’il l’est, est perçus comme un auteur schizophrène ou opportuniste : Benjamin Constant, l’auteur d’une œuvre constitutionnelle majeure et d’un des romans les plus fameux de la littérature française : Adolphe.

Benjamin Constant fût un homme engagé en politique aussi bien du point de vue de la réflexion (durant la Révolution Française et le Consulat il écrivit son œuvre constitutionnelle pour répondre à la nécessité précise du temps, sa conférence à l’athénée) que de l’action concrète (il écrivit en 1814 la Benjamine, préambule à la charte du gouvernement de Napoléon destiné à rendre les bases gouvernementales de son consulat plus libérale et républicaine, de 1919 à 1930 il fût pendant 9 ans élu à la chambre des députés et le deuil de sa mort fût national). Mais ceci est l’engagement de l’homme d’action, de l’un des phares de l’école libérale française, quels sont alors dans son esprit la place, le statut et le sens de ses productions littéraires ? Simple délassement et amusement ? Vanité égocentrique ? Amour de l’art ? Ou expression nécessaire de sa pensée ?

L’objectif de la réflexion serait de mettre en parallèle de ses œuvres politique son œuvre littéraire afin de montrer en quoi et pourquoi l’une est le prolongement logique de l’autre. Le but serait de montrer la nécessité et la complémentarité, aussi bien dans la forme et dans le fond, qui lient dans sa pensée œuvre politique et œuvre littéraire.

Ainsi, outre le fait de rendre justice à l’organicité et à la pertinence de la pensée de Benjamin Constant, de ne pas le circonscrire à l’expression littéraire préromantique avec Adolphe et le Cahier rouge, ou à la présentation d’une parfaite vulgate libérale, mais de participer à la redécouverte d’une œuvre en tentant d’embrasser tout le sens et la spécificité de son engagement mondain, cela permettrait d’entamer une réflexion sur l’engagement littéraire à partir du mode d’expression et de communication qu’est la littérature.

En quelques mots, dans la lignée de Constant, l’engagement de l’écrivain dans la littérature et par la littérature serait exhortation, sensibilisation, invocation et dénonciation. En un sens la littérature au travers de l’œuvre constantinienne est socratique, elle s’engage pour l’intelligence morale et l’auto-réflexion du lecteur. La littérature n’est donc pas chez Constant divertissement, ou expression du soi ou du beau, son domaine n’est pas simplement artistique, mais bien, au sens propre du terme, philosophique.