Yongyan He
Columbia University
Marguerite Duras : Une activiste totale mais ambiguë
Dans la préface de La Vie Matérielle Duras a écrit: " aucun des textes n’est exhaustif. Aucun ne reflète ce que je pense en général du sujet abordé parce que je ne pense rien en
général, de rien, sauf de l’injustice sociale…" (1) Ainsi, de la dénonciation du système colonial jusqu’à la revendication féministe, en passant par la Résistance, le communisme, l’indépendance d’Algérie, le Mai 68, Duras y participe avec un enthousiasme incomparable. Et du Barrage, Hiroshima, Vice-Consul à Douleur, Camion, l’Eté 80, de nombreux articles à teneur politique inclus, les écrits de Duras sont bien proches de l’actualité, comme ce que Marc Saporta a dit: " il y aurait beaucoup à dire sur les rapports entre Duras et la politique… Sa réussite consiste justement à faire de la meilleure littérature avec les pires sujets de l’actualité…" (2) De 1957 à 1993, Duras a beaucoup écrit pour la presse. Dans plus d’une centaine d’articles parus dans Le Nouvel Observateur, Le Matin, Libération, Vogue, L’autre Journal, il y en a beaucoup qui dénoncent l’injustice sociale: "des cadences infernales imposées aux employés de la Villette à la politique gaullienne en passant par l’inhumanité et les incohérences de la Justice française" (3).
Par contre, Duras se met souvent au marge de tout engagement. On est choqué parfois par l’ambiguïté de sa position et la scandalité de sa morale. Pendant la guerre, avec la douleur d’attendre Robert Antelme, son mari déporté, elle se présente pourtant activement dans les milieux de collaborateurs et garde une relation ambivalente avec un jeune Gestapo; Son enthousiasme de militer pour la cause du parti communiste fait contraste avec sa dénonciation sans réserve sur le militantisme communiste plus tard; Parmi ses écrits pour la presse, il y en a plusieurs qui décèlent une morale douteuse et une manque de l’objectivité.
Ainsi dans mon essai, j’essaie de montrer, par un parcours de l’engagement de Duras, comment elle s’engage dans les combats de son temps d’une façon particulière: totale, brutale mais en même temps ambiguë, incertaine, parfois même scandaleuse. Ainsi, que ce soit dans sa vie politique ou celle de créative, ces deux d’ailleurs se lient étroitement ensemble, elle se présente comme une figure transgressive—transgressive de tout ce qui est établi par la société, d’après elle, pourrie.
(1) La Vie Matérielle, Page 7, P.O.L. 1987
(2) La Vie Matérielle, Page 7, P.O.L. 1987
(3) Catherine Bouthors-Paillart, Duras Journaliste—La Passion de la Vérité, Oeuvres et Critiques, 25,2,2000