CHAPITRE III
DE KAZALINSK A TACHKENT.
Les pirates du Sir. —Justice sommaire. —Les sabJes blancs. — Hospitalité kirgKize. — Récep-
tion a Pérovsky. — Nous dormons dans des lits. — Améliorations économiques. — Ganali-
sation du Sir. — La nouvelle voie de rOust-Ourt. — Gbasses sur les bords du Sir. — Irbis et
tig[res. — Fauconnerie. — Perdu dans la steppe. — Prisonnier dans un sépulcre. — Le taran-
tasse rend grincîieux. — Les Sartes. — Habitations et costumes. — Toilette des femmes. —
Maquiilage. — Séquestration. — Mariage. — La femme, l'incarnation du mensonge. — Agri-
culture. —Justice indigêne. —Vakoufs. — Reis et moîlalis. —Hazreti Turkestan. — IltWique
défense d'Ikane. — Festin arrosé de vins du Turkestan. — Entrée triompliale å Taclikent.
La ne'cessité de constituer un conseil de guerre retenant le général
Tcherniaeff pour trois jours á Kazalinsk, nous les employons á nous
reposer; cette premiére halte n'est pas de trop, car nous étions sur les
dents; les débuts de pareils voyages sont toujours durs, et ce n'est que par
degrés que le corps s'habitue aLix cahots du tarantasse ; ces premiéres miUe
verstes parcourues nous I'avaient appris á nos dépens.
Le conseil de guerre devait juger une grave affaire qui s'était passe'e peu
de jours avant notre arrive'e á Kazahnsk. L'adjudant de place, sa femme et
une petite fiUe avaient été assassine's; le mobile du criine était e'videmment
le vol. Les soupcons s'e'taient aussitôt portés sur d'anciens marins de la
flottiUe de l'Aral, incorporés dans les bataiUons de Kazalinsk *.
Les trois coupables cités devant le conseil de guerre avouaient leur
1 Les vapeurs de l'Etat qui composaient la flottille de I'Aral tiraient en général quatre pieds
d'eau, alors que le Sir-Daria, par suite du mouvement de ses sables, n'a, par places, que deuxou
trois pieds de profondeur ; aussi les vapeurs s'ensablaient-ils fréquemment; force était alors á
réquipage de les remettre a flot, et ces accidents nécessitaient souvent de longs arrêts, pendant
lesquels les marins se démoralisaient et pillaient, en vrais pirates, le long da fleuve. — Un détail
donnera une idée de ce que furent ces équipages : sur douze offîciers, au moment oíi nous etions å
Kazalinsk, neuf se trouvaient soit en Sibérie, soit sous le coup d'un jugement. Dans le pays, ces
gens étaient redoutés comme la peste.
|