CHAPITRE XI
A TRAVERS LE DESERT TURCOMAN
Ennuis d'un voyage par caravane. — La derniére habitation humaine. — Un bon conseil vaut
souvent mieux qu'un cadeau. — Changement d'itinéraire. — S'il y a un traître, ma premiêre
balle sera pour lui. — Morne tristesse du désert. — Puits et mesures de prudence á leur ap-
proche. — Campement, — Quart de nuit et causeries. — Marches nocturnes. — Rencontre.
— Marlxozoff et sa colonne vaincus par le désert. — Un lugubre souvenir. — Les montagnes
å l'horizon et fin de nos miséres. — Le chai'tan redevient bon maître. — Accueil inhospitalier.
C'est de la raaniére la plus cordiale que j'ai pris congé de Mat-Mourat,
le rainistre hospitalier du Khan; il avait tenu á ra'escorter jusqu'á une
assez grande distance avec ses noukers, et longteraps aprés qu'il eut tourné
bride, j'ai pu distinguer son tchouguerraah blanc dépassant ceux de toute
sa suite; puis il a disparu, me laissant en téte-á-téte avec rinconnu et la
morne tristesse du désert turcoman que nous allons aborder.
Nous somraes donc dans les sables : quelques aouls au loin et des champs
cultivés alentour, puis de nouveau des sables sans fin avec la triste végéta-
tion des saxaouls; en fait d'étres vivants, seulement quelques rares alouettes
de la steppc
C'est la preraiére fois que je suis obhgé de raarcher en rae conforraant a
rallure lente et cadencée de mes chameaux; jusqu'á Saekis-Atluk je les
faisais filer sous bonne escorte, généraleraent avant mon départ, et si, en
route, je les dépassais, ils nous rejoignaient pour I'étape de nuit.
A partir de notre entrée dans les sables, je dus changer du tout au tout
ce mode confortable de voyager; ici, plus de logement hospitaher, plus de
dastarkhan. Notre abri, le fourrage des chevaux, enfin tout ce qui constitue
lecamperaent et I'existence du voyageur dans le désert, devaient rester sous
notre constante surveillancc Au début, cette facon si diffe'rente de raarcher
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