Beaumarchais, Pierre Augustin Caron de, Théatre de Beaumarchais

(Paris :  Firmin Didot Fréres,  1851.)

Tools


 

Jump to page:

Table of Contents

  Page [1]  



ESSAI
 

SUB

LE GENRE DRAMATIQUE SÉRIEUX.
 

Je n'ai point le mérite d'être auteur; le temps et les talents
m'ont également manqué pour le devenir : mais il y a environ
huit ans que je m'amusai à jeter sur le papier quelques idées
sur le drame sérieux ou intermédiaire entre la tragédie hé¬
roïque et la comédie plaisante. De plusieurs genres de littéra¬
ture sur lesquels j'avais le choix d'essayer mes forces, le
moins important peut-être était celui-ci : ce fut par là même
qu'il obtint la préférence. J'ai toujours été trop sérieusement
occupé pour chercher autre chose qu'un délassement lum-
nête dans les lettres. Neque semper arcum tendit Apollo.
Le sujet me plaisait, il m'entraîna; mais je ne tardai pas à
sentir que j'avais tort de vouloir convaincre par le raisonne¬
ment, dans un genre où il ne faut que persuader par le senti¬
ment. Alors je désirai avec passion de pouvoir substituer
l'exemple au précepte : moyen infaillible de faire des prosé¬
lytes lorsqu'on réussit, mais qui expose le malheureux qui
échoue au double chagrin de manquer son but, et de rester
chargé du ridicule d'avoir présumé de ses forces.

Trop échauffé pour être capable de cette dernière ré¬
flexion, je composai le drame que je donne aujourd'hui.
Miss Fanmj f Miss Jeyiny, Miss Polli/, e/c, charmantes
productions, Eugénie eût gagné sans doute à vous avoir pour
modèles; mais elle était avant que vous eussiez vous-mêmes
l'existence, sans laquelle on ne sert de modèle à personne.
Je renvoie vos auteurs à la petite nouvelle espagnole du
comte de Belflor, dans le Diable boiteux : elle fut la source
où j'en puisai l'idée. Le faible parti que j'en ai tiré leur lais¬
sera peu de regrets de n'avoir pu m'être bons à quelque chose.

î
  Page [1]