Beaumarchais, Pierre Augustin Caron de, Théatre de Beaumarchais

(Paris :  Firmin Didot Fréres,  1851.)

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LETTRE MODÉRÉE

SUR LA CHUTE ET LA CRITIQUE

DU BARBIER DE SÉVILLE.
 

L'AUTEUR, VÊTU MODESTEMENT ET COURBÉ, PRÉSENTANT SA
PIÈCE AU LECTEUR.

Monsieur,

J'ai l'honneur de vous offrir un nouvel opuscule de ma
façon. Je souhaite vous rencontrer dans un de ces moments
heureux où, dégagé de soins, content de votre santé, de vos
affaires, de votre maîtresse, de votre dîner, de votre estomac,
vous puissiez vous plaire un moment à la lecture de mon
Barbier de Séville; car il faut tout cela pour être homme
amiisable et lecteur indulgent.

Mais si quelque accident a dérangé votre santé; si votre
état est compromis ; si votre belle a forfait à ses serments ; si
votre dîner fut mauvais ou votre digestion laborieuse, ah !
laissez mon Barbier; ce n'est pas là l'instant : examinez l'état
de vos dépenses, étudiez le factum de votre adversaire, re¬
lisez ce traître billet surpris à Rose, ou parcourez les chefs-
d'œuvre de Tissot sur la tempérance, et faites desréfîexionspo-
litiques, économiques, diététiques, philosophiques ou morales.

Ou si votre état est tel qu'il vous faille absolument l'oublier,
enfoncez-vous dans une bergère, ouvrez le journal établi dans
Bouillon avec encyclopédie, approbation et privilège, et dor¬
mez vite une heure ou deux.

Quel charme aurait une production légère au milieu des
plus noires vapeurs ? Et que vous importe en effet si Figaro le
barbier s'est bien moqué de Bartholo le médecin, en aidant
un rival à lui souffler sa maîtresse? On rit peu delà gaieté d'au¬
trui, quand on a de l'humeur pour son propre compte.

Que vous fait encore si ce barbier espagnol, en arrivant
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