Beaumarchais, Pierre Augustin Caron de, Théatre de Beaumarchais

(Paris :  Firmin Didot Fréres,  1851.)

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ACTE IV, SCÈNE V.                         -^^^

LA COMTESSE recule.
Ah ciel !

SUZANNE.

Ce friponneau !

ANTONIO.

Quand je disais là-haut que c'était lui !...
LE COMTE en colère.

Hé bien, madame ?

LA COMTESSE.

Hé bien, monsieur ! vous me voyez plus surprise que vous,
et, pour le moins, aussi fâchée.

LE COMTE.

Oui ; mais tantôt, ce matin ?

LA COMTESSE.

Je serais coupable, en effet, si je dissimulais encore. Il
était descendu chez moi. Nous entamions le badinage que ces
enfants viennent d'achever; vous nous avez surprises l'habil¬
lant : votre premier mouvement est si vif ! il s'est sauvé, je
me suis troublée; l'effroi général a fait le reste.

LE COMTE avec dépit à Chérubin.

Pourquoi n'êtes-vous pas parti?

CHÉRUBIN Ôtant son chapeau brusquement.
Monseigneur...

LE COMTE.

Je punirai ta désobéissance.

FANCHETTE étourdiment.

Ah, monseigneur, entendez-moi! Toutes les fois que vous
venez m'embrasser, vous savez bien que vous dites toujours :
Si tu veux m'aimer, petite Fanchette, je te donnerai ce
que tu voudras.

LE COMTE rougissant..

Moi, j'ai dit cela?

FANCHETTE.

Oui, monseigneur. Au lieu de punir Chérubin, donnez^le-
tnoi en mariage, et je vous aimerai à la folie.

LE COMTE à part.

Être ensorcelé par un page !

LA COMTESSE.

Hé bien, monsieur, à votre tour! L'aveu de cette enfant,
aussi naïf que le mien, atteste enfin deux vérités : que c'est
toujours sans le vouloir si je vous cause des inquiétudes, pen¬
dant que vous épuisez tout pour augmenter et justifier les
miennes

' 33.
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