Tauxier, Louis, Le noir de Bondoukou

(Paris :  E. Leroux,  1921.)

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RACES   ET   HISTOIRE                                             71

dices tels que des ruines qui s'étendent assez loin (1), prouvent que le vil¬
lage était jadis très grand et qu'il s'est plusieurs fois déplacé ».

Les derniers arguments employés par Binger pour prouver la grande
antiquité de Bondoukou sont, il faut bien le dire, un peu puérils. Il n'est
pas de gros village nègre qui en accumulant ses ordures pendant vingt ans
seulement ne puisse faire croire à des siècles d'antiquité. Quant aux ruines
de cases, en cinquante ans seulement d'existence, un gros village noir peut
en créer des quantités. De tels arguments ne peuvent donc servir pour dé¬
terminer si Bondoukou est du xi*^ ou du xv*^ siècle ou du xix'^ siècle. Quant à
l'affirmation de Binger « Bondoukou est plus ancienne que Djenné, sa fon¬
dation est antérieure à 1043 )) elle donne à rêver. D'abord il est probable
que Tassertion (( Bondoukou est antérieure à Djenné )) vient des musul¬
mans de la ville qui entendaient par Bondoukou tant Tancienne Bondou¬
kou (ou Bégho) que la nouvelle Bondoukou (Bondoukou proprement dite).
Au contraire l'assertion a sa fondation est antérieure à 1043 » est sans
doute une déduction de Binger qui plaçait, comme le font croire d'autres
passages de son œuvre, la fondation de Djenné en 1043. On lui aura dit à
Bondoukou : La ville est plus ancienne que Djenné et il en aura conclu:
sa fondation est antérieure à 1043. — Or cette dernière déduction ne
s'appuie sur aucun texte. Le Tarikh-es-Soudan en effet dit (2) que Dienné
fut fondée par des païens au milieu du n^ siècle de l'hégire et se con¬
vertit à l'islamisme vers la fin du vi^ siècle de l'hégire. Or le ii^^ siècle
de l'hégire court de 719 à 816 et son milieu est 767. Si Dienné fut fon¬
dée en 767 et que Bégho lui soit antérieure, ce n'est plus avant le
xi^ siècle que nous sommes amenés pour la fondation de Bégho, mais avant
la seconde moitié du viii^ siècle.

De plus que vaut cette affirmation que Bondoukou (Bégho) est plus an¬
cienne que Djenné ? Je ne pense pas que les Dyoulas de Bondoukou aient
jamais eu la moindre donnée, le moindre document exact sur la fondatioji
de Dienné ou même sur celle de Bégho, qu'ils ne fondèrent pas, nous le
savons. Leur affirmation « Bondoukou est plus ancienne que Djenné » doit-
être prise pour une de ces affirmations hyperboliques de nègres musulma¬
nisés quand ils veulent affirmer une très haute antiquité. Il faut donc ab¬
solument biffer les affirmations de Binger ici.

Une autre affirmation du fameux explorateur que M. Delafosse a contes¬
tée dans les notes du Tarikh-el-Fettach (3), c'est l'identification de la Bitou
du Tarikh-es-Soudan et du Tarikh-el Fettach avec Bondoukou et Bégho.
Delafosse dit en efl'et (op. cit., p. 68, note 1) : « Ce dernier ouvrage (le
Tarikh-es-Soudan) nous apprend seulement que c'était (il s'agit de Bitou)

(1)  N'existent plus actuf-llement.

(2)  Traduction Houdas, page 23.

(3j Tarikh-el-Fettach ou Chronique du chercheur, de Mahmoud Kâti, traduction
Houdas et Delafosse, Leroux, 1913.
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