CHAPITRE lY
LES DÉGHAS
Les Déghas sont certainement une des races les plus curieuses du cer¬
cle de Bondoukou. Ils sont peu nombreux puisqu'ils n'occupent ici que
trois vdlages, plus un certain nombre de petits villages de l'autre côté de
la frontière de la Gold-Goast. Le nom qu'ils se donnent eux-mêmes à eux-
mêmes est (( Déghi » au singulier, (( Dégha » (1) au pluriel. Les Dyoulas
les appellent Diammou (au pluriel Diammourou), les Abrons Mo et les
Koulangos et les Nafanas Bourou.
G'est Binger qui le premier, à ma connaissance, a signalé les Déghas
dans son grand voyage du Niger au golfe de Guinée (tome II, chap. xii,
p. 149 et suivantes). Il dit en effet à la date du 27 novembre 1888 ; (( A
Tintingansou on entre dans une région habitée par un peuple en partie
tributaire des Ligouy, en partie libre et obéissant au chef de Longoro,
gros village situé un peu au nord de Tintingansou et non loin du fleuve (2).
Ge peuple, sur lequel je reviendrai un peu plus loin, est nommé Diammou
et Diammoura (3) par les Mandés (4), L^ffatéré par les Haoussa (5) et
Pantara par les Gondja.
Mantiala (6) est un gros village possédant un troupeau de bœufs, quel¬
ques moutons et chèvres. Le chef, nommé Adama, est un frère du chef de
Longoro. En arrivant, j'allai lui rendre visite. Je le trouvai en nombreuse
compagnie, occupé à vider quelques bouteilles de gin. Dans la soirée,
après s'être remis un peu de son ivresse, il vint m'apporter quelques igna¬
mes et une tranche de poisson frais; il me recommanda de ne pas laisser
(1) Prononcez Dégha, ou mieux Dga, en mangeant presque l'é.
(2) Il s'agit de la Volta Noire.
(3) Mieux Diammourou (c'est le pluriel).
(4) G'est-à-dire par les Dyoulas.
(5) Geci est une erreur, je crois, car les Haoussas, au moins les Haoussas de
Bondoukou, appellent les Déghas a Atôlé » et ne connaissent pas le nom de
« Laffatéré ».
(6) Binger ajoute en note : « Mantiala est connu par les Haoussas sous le nom
de Gari-Adama, case d'Adama ».
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